La chanson nationaliste au Québec : toujours vivante (in french)


Mais le vidéoclip l’a transformée

La chanson nationaliste au Québec n’est pas morte avec la défaite du oui au référendum de 1980 : Elle a simplement changé de forme – une transformation aidée et même imposée par des changements qui se sont produits à peu près au même moment dans l’industrie de la chanson.

Johanne Melançon est professeure adjointe au département d’Études françaises de l’Université Laurentienne de Sudbury. Elle a voulu remettre en question la notion que la chanson nationaliste au Québec n’est plus.

Cette idée, affirme-t-elle, découle du fait que la chanson nationaliste traditionnelle – celle des grands chansonniers et des boîtes à chanson – est devenue moins populaire après le référendum de 1980. En fait la chanson nationaliste existe toujours, explique-t-elle, mais elle a changé de forme.

quebec flagMelançon a constaté que le référendum de 1980 coïncidait à peu près exactement avec une transformation majeure de l’industrie de la chanson. Le gros changement a été l’introduction de vidéoclips. Ceux-ci ont changé la donne. Les paroles ont pris moins d’importance; par contre, les images qui accompagnent une chanson peuvent servir à véhiculer – parfois de façon subtile – des idées et des concepts qui n’ont rien à faire avec les paroles.

« On peut suggérer des choses dans les images sans que le texte de la chanson soit nationaliste » affirme-t-elle. C’est donc dans les images des vidéoclips et aussi dans le contexte entourant une chanson qu’il faut chercher le message nationaliste.

Melançon a dressé d’une part une liste des grands événements politiques des années 1980-2000 – la contestation de la loi 101, l’Accord du lac Meech, le référendum de 1995, la loi sur la clarté référendaire – et d’autre part elle a examiné les chansons populaires des mêmes années.

De Gilles Vigneault et Richard Séguin aux Cowboys fringants, elle a trouvé que plusieurs chansons posent un regard plus critique que poétique sur la société en faisant référence à des événement politiques, en rappelant l’importance de la langue française ou en exprimant un engagement envers la cause souverainiste.

Par exemple, dit-elle, «Un château de sable » de Paul Piché, date de 1988. La chanson a été produite sur fond de contestation de la loi 101 et l’Accord du lac Meech et selon elle ne prend une signification politique, nationaliste, qu’à travers le discours de Piché et le vidéoclip.

La chanson de Diane Dufresne, «Comme un bel oiseau», qui date de 1990 et la période autour de proclamation de l’unilinguisme de Sault-Sainte-Marie, est une chanson contextuelle au propos clair et nettement nationaliste.

L’engagement des artistes compte aussi pour quelque chose, ainsi que le contexte dans lequel une chanson est présentée. « Très souvent, dit-elle, c’est le contexte qui détermine l’interprétation qu’on donne à une chanson. »